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Flambée des prix de l’énergie : l’effondrement des aides met à mal la rénovation des logements

mardi 8 février 2022 Mis à jour le 8 février 2022

Alors que la population française subit une flambée des prix de l’énergie dont les effets sur les factures vont se faire ressentir pendant plusieurs années, le gouvernement réduit les aides à la rénovation énergétique des logements des ménages les plus modestes. Un non sens, dénonce l’Initiative Rénovons.

Se chauffer au gaz ou à l’électricité, un luxe pour les ménages français les plus démunis ? Face à la hausse des tarifs des énergies - plus 41 % pour le gaz et plus 3 % pour l’électricité en 2021 selon l’Insee - les phénomènes de privation, d’inconfort lié au froid dans le logement, et les difficultés à payer les factures augmentent en France. Une précarité énergétique qui touche déjà 5,8 millions de ménages ont reçu un chèque énergie pour chauffer des passoires qu’il faudrait rénover complètement.

Une crise qui va s’éterniser

Cette réalité sociale alarmante ne risque malheureusement pas de s’estomper : la crise énergétique mondiale à laquelle notre pays est confronté - augmentation de la demande, difficultés d’approvisionnements et hausse des prix - va avoir des répercussions pendant plusieurs années, plongeant les ménages les plus durement touchés dans la galère des fins de mois difficiles, et des factures impayées.

Avec son bouclier tarifaire, le gouvernement tente de limiter la casse en urgence en abaissant les taxes, mais ces efforts auront des répercussions ultérieures sur la facture énergétique des Français, comme l’indique la Commission de régulation des énergies (CRE) à qui il reviendra “d’évaluer le montant d’un éventuel rattrapage à réaliser” sur les tarifs réglementés de vente de l’électricité en 2023 : “Son niveau dépendra des prix de marché en 2022 et de toute nouvelle mesure qui pourrait être prise par les pouvoirs publics d’ici là…”, peut-on lire sur son site Internet, laissant ainsi planer de grosses incertitudes.

Car pour l’Etat, un déficit budgétaire important est à prévoir : la loi de Finances de 2022 acte notamment une baisse de taxe (TICFE), applicable à compter de février. En baissant cette taxe à son minimum autorisé par l’Union européenne, l’Etat se coupe d’une recette importante (8 milliards d’euros qu’il ne collectera pas), mais maintient le tarif réglementé de vente aux particuliers afin qu’il n’augmente pas de plus de 4 % par rapport à son niveau d’août 2021. Par ailleurs, l’entreprise publique EDF, dans le cadre du dispositif ARENH (accès régulé à l’électricité nucléaire historique), a accepté de vendre à ses concurrents, à un prix un peu revalorisé (46,2 €/MWh contre 42 €/ MWh antérieurement), 20 TWh d’électricité. Cette décision va occasionner également un manque à gagner de 8 milliards d’euros pour l’entreprise. De quoi assombrir encore un peu plus l’avenir financier de l’entreprise. Un manque à gagner que les contribuables devront tôt ou tard compenser…

La rénovation performante, seule issue possible

Que faut-il faire pour résoudre ces difficultés ? La rénovation énergétique de notre parc résidentiel privé est la seule issue : des logements mieux isolés dépensent moins d’énergie. Avec des habitations plus économes, nous gagnerons durablement en autonomie vis à vis des énergies importées comme le gaz, et nous limiterons l’impact sur le climat des logements trop carbonés. Pour cela, l’Initiative Rénovons défend depuis de nombreuses années un plan d’investissement de l’État permettant la rénovation énergétique en dix ans des passoires énergétiques.

Parmi les aides disponibles actuellement pour aider et accompagner les personnes en précarité énergétique qui souhaitent rénover leur logement : les Certificats d’Économie d’Énergies (CEE) Précarité énergétique. Avec Ma Prime Rénov’, il constitue le plus important dispositif d’aide à la rénovation énergétique des logements. Depuis 2016, il prévoit que les fournisseurs d’énergie ont l’obligation de financer un volume de travaux de rénovation énergétique visant les ménages en précarité. Or depuis un an, le prix des CEE précarité s’est effondré, de 30 à 40 %, ce qui entraîne mécaniquement une division par trois des aides allouées directement à ces ménages. Une régression alarmante !

Les CEE, un abandon sans justification

Comment en est-on arrivé là ? Cette baisse des aides s’explique notamment par la surproduction de certificats lors de la période précédente (2018-2021). Ayant déjà accompli plus de 50 % de leur nouvelle obligation, les fournisseurs utilisent leurs stocks à bas prix, reportés sur la nouvelle période… Conséquence sur le terrain : tout un écosystème professionnel est ébranlé. Les actions mises en œuvre par de multiples structures via le financement des CEE Précarité énergétique sont interrompues ; les emplois associés disparaissent. Finis les détections de ménages, l’aide aux premiers gestes avant travaux, l’accompagnement de chantier.

En mars 2021 déjà, un collectif d’acteurs luttant contre la précarité énergétique alertait le gouvernement dans une tribune publiée dans Le Monde, en proposant au gouvernement de réagir de toute urgence et d’augmenter de 50 % le volume d’obligations d’économies d’énergie à réaliser au profit des ménages les plus précaires. Une demande réitérée par l’initiative Rénovons dans un communiqué ce 31 janvier 2022, qui pointe également les effets pervers d’un dispositif à revoir de fond en comble. Car les fournisseurs ont anticipé la hausse des prix des certificats de la nouvelle période, et les ont intégrés à la facture de leurs clients. Les certificats valant finalement moins chers que prévus, le dispositif des CEE finit par rémunérer les fournisseurs d’énergie, là où ils étaient censés mettre la main à la poche pour réduire les dépenses énergétiques des Français.

Un Bouclier Énergie solide et protecteur

Pour l’initiative Rénovons, il est indispensable de mettre en place le Bouclier Énergie permettant de réduire durablement les factures d’énergie des ménages en précarité énergétique pour que ces familles ne soient plus la variable d’ajustement du marché de l’énergie ou du carbone. Premier niveau de protection : le paiement des factures. L’urgence est d’instaurer un chèque énergie revalorisé à hauteur de 700 euros pour les 3,5 millions de ménages qui sont les plus en difficulté. Deuxième niveau de protection : l’accompagnement à la rénovation. Sur le long terme, nous devons prendre des mesures structurantes permettant de rénover les logements jusqu’à un niveau de consommation très bas. Des travaux inévitables pour éradiquer les passoires énergétiques, et nous prémunir des futures hausses des prix des énergies. Ces mesures permettront des économies sur les factures pouvant atteindre 1100 euros par an, et encouragent le développement de centaines de milliers d’emplois.

- Voir le Bouclier Énergie dans son intégralité.

Renovons

L’initiative « Rénovons ! » est une vaste alliance regroupant les forces vives de la société civile en France, au sens large, engagées en faveur de l’efficacité énergétique grâce à la rénovation énergétique des logements en France. La rénovation des logements, particulièrement les moins performants sur le plan énergétique, doit permettre de résorber structurellement la précarité énergétique.

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