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L’interview de Danyel Dubreuil – Initiative Rénovons !

mardi 3 juillet 2018 Mis à jour le 3 juillet 2018

Interview publiée le 2 juillet 2018 sur le site quelleenergie.fr

https://www.quelleenergie.fr/magazine/interviews/danyel-dubreuil-renovons-interview/

L’interview de Danyel Dubreuil – Initiative Rénovons !

Le lundi 25 juin dernier, QuelleEnergie.fr a eu l’honneur d’interviewer Danyel Dubreuil, coordinateur de l’initiative Rénovons ! pour une interview exclusive.
En voici la retranscription.

QuelleEnergie.fr : Pouvez-vous nous résumer les missions de Rénovons ! en 2018 et sur quoi l’association va se concentrer ?

Danyel Dubreuil : Depuis le début de l’année, nous nous sommes pleinement impliqués dans tous les épisodes de consultation du Plan de Rénovation énergétique des bâtiments (PREB) jusqu’à sa publication en version définitive.

Nous avons participé à l’ensemble des cadres de discussion proposés, et nous avons porté nos propositions au projet en vue de la publication finale du Plan le 26 avril dernier. Nous considérons ce plan comme une première étape, il faut encore l’améliorer afin qu’il répondre pleinement à l’enjeu de la rénovation énergétique en France. Les enjeux économiques, sociaux, climatiques et sanitaires doivent être encore mieux appropriés par les membres du gouvernement et par les député-e-s qui restent très réticents à rentrer dans cette question complexe.
L’intérêt maintenant, c’est de pouvoir proposer des réponses, adaptées selon nous, aux pistes qui sont proposées par le PREB.

Dans les perspectives pour la fin de l’année, on peut citer le projet de loi de finance 2019, la transformation du CITE en prime et la partie qui concerne le chèque énergie, que nous estimons actuellement comme étant un outil insatisfaisant en tant que tel et qui doit faire l’objet de mesures d’accompagnement social pour les ménages concernés.

Nous avons encore beaucoup de travail autour du projet de loi de finance car il existe un conflit caché dans la transformation du CITE en prime. En effet, l’enveloppe budgétaire n’a aujourd’hui pas de plafond, alors que le statut de prime donnera lieu à une aide plafonnée en termes de montant global dans le budget.

J’ai la chance également de participer au comité de pilotage du Plan de rénovation énergétique, et je vais pouvoir suivre les choses au plus près et être informé au mieux des avancées concrètes.

Parallèlement, il y a la mission confiée à l’inspection générale des finances sur le bonus/malus évoqué par Nicolas Hulot. Ce qui intéresse l’initiative Rénovons !, c’est la partie propriétaires-bailleurs de "passoires énergétiques" occupées par des ménages en situation de précarité énergétique.

Parmi les autres revendications de Rénovons !, on trouve la mise en place d’espaces de conseil neutres sur l’intégralité du territoire pour accompagner les ménages dans la rénovation énergétique.

Il y a donc tout un ensemble de points, ne serait-ce que pour la partie qui concerne le logement privé. Nous suivons finement les mesures actuelles, et à venir, de sorte que l’on arrive à dépasser le catalogue de bonnes intentions et qu’on obtienne plutôt des changements concrets et perceptibles par les entreprises et par les familles qui souhaitent rénover leur logement.

QE : Il est question de fiabiliser l’étiquette énergie des logements ; comment renforcer la confiance des particuliers vis-à-vis du DPE ?

DD : Nous avions l’ambition de réconcilier la Loi Elan avec le Plan de Rénovation, et certains éléments issus d’Elan ont aujourd’hui un rapport avec la rénovation.

Dans les amendements qui ont été adoptés dans le cadre de la discussion parlementaire sur la loi ELAN il y a l’idée de rendre le DPE opposable.

Si le DPE est opposable et rendu plus robuste en termes de fiabilité, il pourra être utilisé dans les contextes juridiques, fiscaux et financiers relatifs au bâtiment. Il pourra jouer son rôle dans l’évaluation de la décence des logements et deviendrait un argument pour les locataires, ou les structures d’appui aux locataires par exemple, dans les cas de contestation sur la qualité des logements. C’est également une mesure protectrice pour les propriétaires car c’est un élément très important pour permettre une gestion patrimoniale éclairée.

Cette approche est aussi importante parce qu’elle permettra de rendre plus envisageables les dispositifs de type bonus/malus écologiques en cas de revente d’un appartement, par exemple, mais aussi donnera un indicateur plus sûr pour guider le choix des acheteurs. Petit à petit cela consolidera la notion de "valeur verte" des logements partout sur le territoire. Cet instrument est donc assez déterminant.

Le reste relève du bon sens : il faut idéalement que chaque logement en France ait un DPE, et que les méthodes de diagnostic soient harmonisées afin d’obtenir quelque chose de fiable et référencé.

Il reste des efforts à fournir pour atteindre les objectifs fixés. A l’horizon 2020, on devait réduire de 15% la précarité énergétique ; nous n’y sommes pas, et je pense que le fait de rendre le DPE opposable fait partie de ces mesures qui peuvent permettre de s’en rapprocher. Le signal est surtout symbolique pour les propriétaires mais il est un signe de la détermination du gouvernement à faire en sorte que la rénovation énergétiques des logements décolle, enfin, en France.

QE : L’initiative Rénovons est très impliquée dans la lutte contre la précarité énergétique. Est-ce que l’accent mis sur les passoires thermiques dans le cadre du plan vous semble suffisant ?

DD : On se félicite que le Plan de rénovation ait choisi de mettre l’accent sur les passoires énergétiques et sur la précarité énergétique en général. Notre approche consiste à évaluer précisément les moyens qui vont y être consacrés. Nous comprenons aujourd’hui qu’il y a un décalage entre les objectifs et les mesures proposées, qui ne sont pas adaptées à la lutte contre la précarité énergétique.

« Il s’agit de créer des programmes dédiés aux ménages précaires qui occupent ces logements passoires. »

Si on prend par exemple le CITE, ou les CEE, ils n’ont pas pour objectif principal les passoires énergétiques, ils sont dédiés à la rénovation énergétique en général, ou à la précarité énergétique pour une certaine catégorie de CEE. Il n’y a pas de bonification particulière pour les travaux effectués dans la catégorie de logements évalués comme étant des "passoires énergétiques". Il serait opportun de la part du gouvernement de proposer de nouveaux programmes dédiés aux ménages précaires qui occupent ces logements passoires. Actuellement, nous risquons de passer à côté des objectifs définis parce qu’on manque beaucoup d’instruments précis qui les viseraient prioritairement.

QE : Les moyens mis en œuvre par le Plan de Rénovation énergétique sont jugés trop faibles. Quelles mesures préconisez-vous si l’on souhaite atteindre l’objectif fixé pour 2025 ?

DD : Si on veut se placer sur la trajectoire de 2025, c’est-à-dire la rénovation de la totalité des passoires énergétiques, c’est au minimum 500 000 rénovations par an de passoires énergétiques, tous types de propriétaires confondus, occupants, bailleurs, précaires ou non.

Les objectifs définis dans le PREB sont encore loin d’être réalisables, ou plutôt on ne voit pas encore comment on va précisément suivre leur réalisation. Actuellement, il existe un instrument de confiance : le programme Habiter Mieux, parce qu’il vise les ménages précaires qui ont besoin de rénovation énergétique. L’unique question, avec Habiter Mieux, c’est que tous les ménages modestes n’habitent pas dans des passoires énergétiques. Lorsqu’il atteindra l’objectif fixé des 75 000 rénovations annuelles, il faudra chercher à l’améliorer en volume et aussi en qualité, et ce sera un vrai défi. Mais Habiter Mieux est un instrument que l’on connait, qui est d’une très grande utilité sociale et qui peut devenir un instrument central pour la transition écologique et solidaire. Mais nous savons que ce programme seul ne permettra pas d’atteindre les 150 000 passoires rénovées par an.

Pour plus de lisibilité sur les moyens, le plan devrait segmenter les « enveloppes » dédiées aux actions sur les bâtiments publics, sur les logements sociaux, sur les logement privés ainsi que sur le tertiaire. Actuellement, le fait d’avoir un chiffre aggloméré produit l’effet contraire de ce qui est recherché chez les acteurs de l’écosystème de la rénovation énergétique. Personne ne sait précisément quelles sont les perspectives exactes à moyen terme, alors que l’enjeu de lisibilité et de stabilité des aides a été unanimement demandé lors des consultations sur le PREB. A ce stade, il faut encore clarifier.

Aujourd’hui, il existe des instruments nationaux pour le logement privé : les CEE, le CITE, la TVA 5,5 , l’eco PTZ, et Habiter Mieux, dont plusieurs sont incertains, particulièrement à la suite de certaines annonces comme celle concernant le taux réduit de TVA. Cette dernière annonce est relativement inquiétante parce que ce n’est pas de nature à faire prendre des risques aux acteurs du bâtiment positionnés sur la rénovation des logements privés, ni des clients potentiels qui ne peuvent pas construire leur plan de financement ; l’incertitude gèle les projets.

Nous tenons particulièrement à ce que les programmes de repérage et d’orientation des ménages en précarité énergétique soient renforcés, élargis et pérennisés. Cette cible étant la plus difficile à atteindre, il faut donner du temps aux organisations de terrain pour réussir à trouver les bons leviers pour convaincre ces ménages de s’engager sur le chemin des travaux.

Sur les moyens mis en œuvre, la lisibilité et la cohérence dans le temps sont de plus grand soucis que le volume total défini initialement. Il s’agit plus de planifier dès le départ l’évolution et l’accélération de la rénovation énergétique pour les 5, 10, 20 prochaines années, tous les acteurs se retrouveraient dans cette démarches, les garanties sur le "temps long" amènent de la sérénité indispensable à la réussite dans ce secteur.

QE : Le plan met l’accent sur le numérique. Selon vous, quel rôle les plateformes digitales telles que QuelleEnergie.fr peuvent jouer ?

DD : Ce à quoi nous assistons en général, c’est un défaut d’information claire et de qualité. Le fait d’avoir des équipes comme QuelleEnergie.fr focalisées sur leur sujet, et en mesure de proposer de l’information compréhensible et à l’échelle d’un large public spécifiquement sur le domaine de la rénovation énergétique, c’est important.

« Une marque et une communication qui vont inciter les ménages à passer à l’action. »

C’est ce que l’Etat souhaite faire, accentuer l’effort de communication. Sur ce sujet, il faut s’inspirer du secteur privé, qui sait très bien faire ce genre de choses : mettre en valeur des solutions, les propulser avec des moyens et du savoir-faire, cela permet de faire émerger une marque et communication qui vont inciter les ménages à passer à l’action. Je trouve que ce genre de plateforme fait bien le travail de promotion et de popularisation de la rénovation énergétique des bâtiments à notre époque.

Dans la communication des pouvoirs publics sur le sujet, on remarque que ce n’est pas totalement maîtrisé. C’est là l’utilité des plateformes comme la vôtre. Nous attendons encore de voir la campagne de communication de l’ADEME qui sera lancée à la rentrée, et nous espérons sincèrement qu’elle sera une réussite, car il est indispensable que la communication nationale progresse. Elle doit arriver au stade des campagnes d’information de santé publique (Manger-Bouger, Octobre Rose, ou le Moi(s) sans tabac par exemple) qui sont une vraie référence de réussite de communication publique permanente ou renouvelé chaque année.

Renovons

L’initiative « Rénovons ! » est une vaste alliance regroupant les forces vives de la société civile en France, au sens large, engagées en faveur de l’efficacité énergétique grâce à la rénovation énergétique des logements en France. La rénovation des logements, particulièrement les moins performants sur le plan énergétique, doit permettre de résorber structurellement la précarité énergétique.

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